La charge mentale et les femmes

Mar 7 / Aurore Bévalot, Psychologue clinicienne
  • Vous jouez l’équilibriste entre les différentes tâches que vous devez accomplir ?

  • Vous vous dites parfois, pourquoi une journée ne dure pas 48h ?

  • Vous entendez cette petite voix qui vous rappelle de ne pas oublier de faire ceci ou cela ? 

Vous vous retrouvez dans ces affirmations ?

Félicitations, vous connaissez la charge mentale ! 


En revanche, savez-vous que ce phénomène est, encore aujourd’hui, plus répandu chez les femmes, en raison de l’organisation sociale de notre société ?
Ainsi, à l’occasion de la journée de la femme j’avais envie de vous parler de cette notion et vous donner des astuces pour éviter la surchauffe.

La charge mentale :  
qu’est-ce que c’est ?

Les nouvelles formes d’organisation des entreprises ont eu un impact subtil, mais bien significatif sur la charge mentale chez la femme.   
Les nouveaux concepts en management valorisent l’autonomie et l’esprit d’initiative chez les salariés. L’employé est alors invité à prendre en charge, à son compte, les performances de production vis-à-vis des normes, des délais et de la clientèle.  Nous comprenons dès lors, que cette évolution statutaire du salarié revêt une subtilité :

  • Le transfert de responsabilité et de charge mentale de l’employeur vers le salarié.
  
Ce phénomène lié au nouveau statut salarial, qui affecte la charge mentale chez tous les salariés, est doublement impactant chez la femme.
En effet, rappelez-vous, la femme a connu la subtilité d’un mécanisme similaire dans les années cinquante. Il lui était alors accordé un nouveau statut social valorisant : « la pleine citoyenneté et plus d’autonomie ». Elle devenait entre autres « libre » de travailler, en plus de gérer les « affaires sociales et sanitaires » de son foyer :

  • Un transfert subtil et croissant, de la responsabilité de l’homme vers la femme, sur la question de la performance des ressources financières du foyer.
      

Nous comprenons aisément que l’accumulation des statuts de femme, de mère, d’épouse et de salarié, est un phénomène singulier d’accumulation de plusieurs couches de charges mentales. Il y a alors un risque d’effet cocktail, qui rend indispensable une gestion toute particulière de sa vie de femme.  

  • Une pensée pour la liste de course, alors qu’elle était en train de faire complètement autre chose.
  • Ou quoi préparer pour le repas du soir ?
  • Les vêtements des enfants à détacher, l’organisation des lessives parce qu’on n’a plus rien à se mettre.
  • Ou qui va chercher le petit dernier à la crèche ?
  • Etc…  

Qu’elle soit salariée, entrepreneuse, femme au foyer, elle a globalement deux bonnes journées de travail dans chacune de ses journées

On n’oubliera pas de saluer l'engagement de certains hommes dans les affaires du foyer. Bien que cela soit très bénéfique, cela n’induit pas toujours une diminution suffisante de la charge mentale chez la femme. Mais plutôt un accroissement de la charge mentale chez ces hommes, qui implique de fait, une nécessité pour eux de bien gérer leur nouvelle responsabilité en plus de leur activité professionnelle.  

Il y a évidemment encore des progrès à faire en matière d’éducation. C’est encore trop souvent aux femmes qu’il est demandé de savoir tenir une maison ou de faire attention à l’éducation des enfants. Nous serons dans plusieurs générations sous cette même norme sociale genrée, à moins que chacun n’apporte sa contribution à son niveau pour améliorer la situation.   
Je tiens à nuancer mon propos car, dans certains foyers, il y a une bonne répartition des tâches et c’est ce qui permet aux femmes de pouvoir alléger en partie leur niveau de charge mentale. Cependant, on est plus conditionnées en tant que femme à posséder ce réflexe.

Un peu d’histoire

Le terme a été introduit par Monique Haicault, docteur en sociologie, en 1984.
Dans sa thèse, elle explique qu’une femme voit son esprit occupé par les tâches ménagères durant la journée, même lorsqu’elle travaille. Bien sûr, les générations sont différentes et les normes évoluent.

Néanmoins, une étude récente (juin 2021) menée par l’IFOP (institut de sondage) et Mooncard montre que les femmes cadres sont les premières victimes de la charge mentale professionnelle. Elles ressentent plus la charge mentale que leurs homologues masculins. Et, surtout lorsqu’il y a des enfants à charge.

La charge mentale :
Comment cela fonctionne-t-il ? 

Faisons un petit rappel du fonctionnement du cerveau.
Concevez-le comme un ordinateur. Pour effectuer une action, mon cerveau va d’abord programmer toute une série de micro-actions. C’est ce que l’on appelle la mémoire de travail. Cette programmation est inconsciente, car nous ne nous en rendons pas compte.

Prenons un exemple simple :
Je souhaite porter un verre d’eau à ma bouche. Avant de pouvoir lancer l’action, donc de poser le verre sur ma bouche, mon cerveau aura déjà préprogrammé toute la séquence de micro-actions nécessaire, à la manière d’un programme informatique.
Et pour cet exemple, on peut compter plus de 10 micro-actions !
Imaginez ce qu’il se passe, lorsque je dois rédiger un dossier important ou penser à l’organisation de mes enfants et que je suis interrompue. Mon cerveau va devoir « recharger » tous ces éléments, avant que je puisse m’y remettre. C’est pour cette raison, que lorsqu’on est sans cesse dérangée, on a du mal à se concentrer et à être efficace. On a l’impression de ne pas avancer.

Les interruptions régulières sont néfastes pour nos capacités cognitives :
- Attention
- Concentration
- Mémorisation

Retenez que la charge mentale, c’est la somme de tous ces post-it mentaux qui clignotent dans notre tête toute la journée pour nous rappeler à l’ordre et nous empêcher d’oublier.

Les conséquences de la charge mentale 

Les conséquences de la charge mentale sont multiples sur le corps et le mental.


Sur le mental :

  Burnout
  Épuisement psychologique 
  Dépression - ruminations
  Troubles du sommeil  
  Trouble de l’appétit   
  Anxiété - angoisse 
  Troubles de la libido
  Retrait - repli sur soi

Sur le corps :

  Douleurs (cou, dos, articulations) 
  Diminution de l’immunité  
  Augmentation du risque de       
      troubles cardio-vasculaires.  
Vous comprenez qu’il est important de s’accorder du calme et des routines de déconnexion pour abaisser son niveau de charge mentale. 

Le « Conseil de psy »

Voici plusieurs astuces et conseils qui vous permettront d’alléger votre niveau de charge mentale et d’éviter la surchauffe !

1.  Apprenez à dire non et à poser vos limites.
Osez reconnaître que vous ne pouvez pas tout faire et que vous ne le voulez certainement pas non plus, d’ailleurs !

2.  Apprenez à demander de l’aide et à déléguer.
Rappelez-vous que personne ne lit dans vos pensées et que si vous ne dites rien, on ne peut pas deviner. Donc il faut combattre sa peur de déranger.

3. Aller vers les autres.
Ce n’est pas facile lorsqu’on est épuisé. Cependant, être en relation avec des amis ou des personnes de confiance permet de voir les situations sous un autre angle. Ça force à sortir des ruminations.

4. Dressez des Tokdo Lists réalisables et hiérarchisées.
Organisez les éléments en 3 colonnes : urgence absolue - important - secondaire.
Et pas plus de 5 éléments par colonne !
Surtout, rayez les éléments au fur et à mesure que vous les accomplissez. Cela procure une grande sensation de plaisir et un sentiment d’accomplissement.

5. Aménagez-vous des routines de déconnexion.
Accordez-vous au minimum 15 minutes par jour de yoga, de méditation, d’auto-hypnose, de relaxation.
Vous pouvez également lire, chanter, danser. Bref, c’est votre moment !

Vous connaissez, maintenant, le principal au sujet de la charge mentale. Rappelez-vous de bien déconnecter pour vous économiser et éviter l’épuisement.